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Lymphœdème de la jambe : causes, stades et traitement chez le kiné

15 min de lecture

Réponse courte

Un lymphœdème de la jambe est un gonflement chronique du membre inférieur, dû à un défaut d'évacuation de la lymphe. C'est une maladie chronique : elle se contrôle, elle ne se guérit pas ; le traitement de référence est la thérapie décongestive complète (bandages, compression, soins de peau, exercices et drainage manuel), réalisée chez le kiné sur prescription médicale.

Il est dit primaire quand le réseau lymphatique est mal formé depuis la naissance, et secondaire quand ce réseau a été abîmé, le plus souvent par un curage ganglionnaire ou une radiothérapie de l'aine ou du bassin.

Le mot fait peur, et il est souvent mal orthographié dans les recherches (« lymphodème », « lymphoedème »). Derrière, il y a une réalité très concrète : une jambe qui gonfle, s'alourdit, dont la peau s'épaissit, et un traitement qui demande de la régularité. Ce guide, écrit par des masseurs-kinésithérapeutes, explique d'où vient le lymphœdème, comment le reconnaître, ce que fait réellement le traitement, et ce que la science dit du drainage, sans l'enjoliver.

L'essentiel en 5 points

  • Le lymphœdème de la jambe est primaire (constitutionnel) ou secondaire (curage ganglionnaire, radiothérapie, cancers gynécologiques, urologiques, mélanome…).
  • Le diagnostic est clinique, posé par un médecin ; le signe de Stemmer (peau du 2e orteil impossible à plisser) est très évocateur.
  • Le traitement repose sur la thérapie décongestive complète en deux phases : réduction du volume sous bandages, puis maintien par la compression élastique.
  • Le drainage manuel seul ne réduit pas le volume : c'est un volet du traitement, pas le traitement.
  • Chez le kiné, l'acte est coté RAV 8 pour une jambe et RAV 9 pour les deux, remboursé à 60 %, ou à 100 % dans le cadre d'une ALD.

Qu'est-ce qu'un lymphœdème ?

Le lymphœdème est une accumulation de lymphe dans les tissus, qui augmente le volume d'un membre ou d'un segment de membre, puis modifie les tissus eux-mêmes : la peau s'épaissit et de la graisse se dépose. Il se distingue d'un œdème veineux ou cardiaque parce que c'est le système lymphatique, et non la circulation sanguine, qui est en défaut.

La lymphe et les ganglions, en deux phrases

Le système lymphatique est un réseau de vaisseaux fins qui recueille le liquide sorti des tissus, la lymphe, et le ramène vers la circulation sanguine en le faisant passer par des relais, les ganglions lymphatiques. Pour la jambe, ces relais principaux se trouvent dans le pli de l'aine (ganglions inguinaux), puis dans le bassin : toute interruption sur ce trajet peut freiner l'évacuation de la lymphe de tout le membre.

Schéma du drainage lymphatique de la jambe et du signe de Stemmer À gauche, une jambe stylisée : des collecteurs lymphatiques remontent du pied vers les ganglions du pli de l'aine, puis vers le bassin. À droite, le signe de Stemmer : la peau du dessus du deuxième orteil ne peut pas être pincée pour former un pli. vers les ganglions du bassin ganglions de l'aine (inguinaux) collecteurs lymphatiques La lymphe remonte du pied vers l'aine. Signe de Stemmer 2e orteil On essaie de pincer la peau du dessus du 2e orteil. Impossible de former un pli : signe très évocateur.
Schéma simplifié, sans échelle. Un curage ganglionnaire ou une radiothérapie de l'aine ou du bassin interrompt ce trajet ; le signe de Stemmer s'examine par le médecin ou le kinésithérapeute.

Lymphœdème ou œdème « classique » ?

Un œdème veineux, par exemple, garde longtemps la marque du doigt (on parle de « godet ») et s'accompagne de signes d'insuffisance veineuse. Le lymphœdème, lui, prend peu ou pas le godet une fois installé, car les tissus se densifient, et il épaissit la peau. Le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) du lymphœdème primaire, publié par la Haute Autorité de santé, rappelle que les autres causes de gonflement des jambes — insuffisance veineuse, cardiaque, rénale ou hépatique, lipœdème, manque de protéines dans le sang — doivent être éliminées par l'examen et, si besoin, par des examens complémentaires.

Source : HAS et Centre de référence des maladies vasculaires rares, PNDS « Lymphœdème primaire », février 2019 ; Institut national du cancer, « Le lymphœdème après le traitement d'un cancer », mis à jour le 16 juin 2023.

Quelles sont les causes du lymphœdème de la jambe ?

Il existe deux grandes familles. Le lymphœdème primaire vient d'une anomalie constitutionnelle du réseau lymphatique et touche surtout les membres inférieurs. Le lymphœdème secondaire résulte d'une atteinte acquise : curage ganglionnaire, radiothérapie, plus rarement le cancer lui-même, un traumatisme ou des infections répétées. Dans le monde, la grande majorité des lymphœdèmes sont secondaires.

Le lymphœdème primaire

Il est dû à une anomalie de développement du système lymphatique, isolée ou intégrée à un syndrome plus large. D'après le PNDS, il touche essentiellement les membres inférieurs, plus souvent les femmes (58 à 70 % des cas dans les séries récentes) et survient plutôt chez les sujets jeunes : chez les garçons, il est souvent présent dès la naissance ou la première année ; chez les filles, il apparaît habituellement plus tard, vers 9 à 11 ans. Sa fréquence en France n'est pas connue. Le diagnostic est confirmé dans un centre de référence ou de compétence des maladies vasculaires rares, parfois à l'aide d'une lymphoscintigraphie.

Le lymphœdème secondaire, le plus fréquent

Pour la jambe, il survient surtout après le traitement d'un cancer de la région pelvienne ou de l'aine. L'Institut national du cancer cite les cancers gynécologiques (col de l'utérus, endomètre, ovaire, vulve, vagin), les cancers urinaires (prostate, vessie, verge), le mélanome et certains cancers digestifs (rectum, anus). Les traitements en cause sont le curage ganglionnaire — le retrait des ganglions proches de l'organe atteint — et la radiothérapie. Le lymphœdème peut toucher la cuisse, la partie sous le genou ou la jambe entière, d'un côté ou des deux.

D'autres causes existent : traumatisme, infections répétées de la peau qui finissent par abîmer les vaisseaux lymphatiques, et, dans les zones tropicales, la filariose lymphatique, une maladie parasitaire. Le consensus 2023 de l'International Society of Lymphology (ISL) estime que la majorité des lymphœdèmes dans le monde sont secondaires, « peut-être 85 % ».

Le rôle du poids

Un indice de masse corporelle élevé est régulièrement associé à un risque accru de lymphœdème. Pour l'INCa, le contrôle du poids est « la seule modalité de prévention » du lymphœdème après un cancer, et la perte de poids chez les personnes en surpoids aide à limiter la sévérité du lymphœdème. Le consensus ISL précise que les preuves d'une amélioration par la perte de poids restent limitées, mais qu'elle soulage probablement le système lymphatique.

Un gonflement d'une seule jambe, sans cause connue, chez un adulte ?

Il doit toujours être exploré par un médecin avant d'être traité. Le consensus ISL rappelle qu'un lymphœdème d'un seul membre chez l'adulte peut révéler une tumeur qui comprime ou envahit les voies lymphatiques, et le PNDS prévoit une imagerie de l'abdomen et du bassin pour éliminer une cause compressive, « le risque augmentant avec l'âge ». Le drainage ne se discute qu'une fois ce bilan fait.

Source : HAS, PNDS « Lymphœdème primaire », février 2019 ; INCa, « Le lymphœdème après le traitement d'un cancer », 16 juin 2023 ; ISL, 2023 Consensus Document, Lymphology 56(4):133-151.

Reconnaître un lymphœdème : signes, signe de Stemmer et stades

Les premiers signes sont souvent discrets et transitoires : sensation de lourdeur ou de gonflement, chaussure qui serre, orteils plus épais. Le médecin pose le diagnostic à l'examen : augmentation de volume mesurée, peau épaissie, godet faible ou absent et signe de Stemmer. L'International Society of Lymphology classe ensuite le lymphœdème en quatre stades, de 0 à III.

Les signes qui doivent faire consulter

  • Une augmentation de volume d'une jambe ou des deux, orteils compris.
  • Une sensation de lourdeur, de tension ou de gonflement, dans la jambe ou dans la région génitale.
  • Une peau plus ferme, qui se pince mal, et qui garde de moins en moins la marque du doigt.
  • Une gêne pour plier la cheville ou le genou quand le volume augmente.
  • Plus tard, des modifications de la peau : petites vésicules qui laissent suinter de la lymphe, peau des orteils épaissie ou d'aspect verruqueux.

Le signe de Stemmer

L'examinateur essaie de pincer la peau sur le dessus du deuxième orteil, ou à sa base. S'il n'arrive pas à former un pli, le signe est dit positif. Le PNDS le qualifie de pathognomonique, c'est-à-dire propre au lymphœdème : il est habituellement absent dans l'insuffisance veineuse, sauf dans les formes évoluées où une atteinte lymphatique peut s'y ajouter, et le pied est justement épargné dans le lipœdème. L'inverse n'est pas vrai : un signe de Stemmer négatif n'exclut pas un lymphœdème, qui peut rester limité à la cuisse sans atteindre le pied. C'est un indice précieux, mais c'est au médecin de conclure, à partir de l'ensemble de l'examen.

Les stades 0 à III

Les stades du lymphœdème selon l'International Society of Lymphology (2023)
Stade Ce que l'on observe Jambe surélevée
0 — latent Transport de la lymphe déjà altéré, sans gonflement visible ; parfois une gêne ou une lourdeur. Ce stade peut durer des mois ou des années. Pas de gonflement à réduire
I — débutant Accumulation précoce d'un liquide riche en protéines ; le godet est possible. Le gonflement diminue
II — installé Accumulation permanente de protéines et de graisse ; godet net, puis de moins en moins marqué à mesure que la graisse et la fibrose s'installent. Réduit rarement le volume à elle seule
III — éléphantiasis lymphostatique Godet souvent absent, peau épaissie et modifiée, excroissances verruqueuses, dépôts de graisse et fibrose. Ne suffit pas
Schéma des stades du lymphœdème de la jambe, du stade 0 au stade III Quatre silhouettes de jambe vues de profil. Au stade 0, la jambe a un contour normal. Aux stades I, II et III, le contour gonflé, en orange, s'écarte de plus en plus du contour normal, en pointillés, de la cuisse jusqu'au pied et aux orteils ; au stade III, des plis de peau apparaissent à la cheville et les orteils sont épaissis. Stade 0 pas de gonflement visible Stade I gonflement qui diminue à la surélévation Stade II gonflement installé, peau plus ferme Stade III volume important, plis de peau, orteils épaissis
Schéma simplifié du lymphœdème de la jambe selon les stades de l'ISL, sans échelle : en pointillés, le contour d'une jambe non atteinte. Le gonflement peut aussi rester limité à la cuisse ou au bas de la jambe.

Deux précisions utiles. D'abord, une même jambe peut présenter plusieurs stades selon les territoires. Ensuite, le stade ne dit pas tout : l'ISL y ajoute une mesure de sévérité fondée sur l'excès de volume par rapport au côté sain, minime entre 5 et 20 %, modéré de 20 à 40 %, sévère au-delà de 40 %. Ce volume se calcule le plus souvent à partir de mesures de circonférence au mètre ruban, prises à intervalles réguliers le long du membre.

Source : ISL, The Diagnosis and Treatment of Peripheral Lymphedema: 2023 Consensus Document, Lymphology, 2023 ; HAS, PNDS « Lymphœdème primaire », février 2019 ; INCa, 16 juin 2023.

Lymphœdème, lipœdème ou œdème veineux : comment les distinguer ?

Ces trois situations font gonfler les jambes, mais elles n'ont ni la même cause, ni le même traitement. Le lymphœdème touche souvent un seul côté et atteint souvent le pied ; le lipœdème est bilatéral, symétrique et épargne les pieds ; l'œdème veineux prend le godet et s'accompagne de signes d'insuffisance veineuse.

Trois causes de jambes gonflées, trois prises en charge
Critère Lymphœdème Lipœdème Œdème veineux
Qui ? Femmes et hommes Presque exclusivement des femmes, dès la puberté Femmes et hommes
Répartition Un côté ou les deux, souvent asymétrique Des deux côtés, symétrique, du bassin aux chevilles Chevilles et bas des jambes
Pied et orteils Souvent atteints ; signe de Stemmer positif s'ils le sont (un Stemmer négatif n'exclut pas un lymphœdème, notamment limité à la cuisse) Épargnés au début Habituellement pas de signe de Stemmer (une atteinte lymphatique peut s'ajouter dans les formes évoluées)
Godet Faible ou absent une fois installé Pas d'œdème qui prend le godet après le repos Présent
Douleur Lourdeur, tension Douleur au pincement ou au moindre choc, bleus spontanés Lourdeur, surtout en fin de journée

Le lipœdème fait l'objet d'un article dédié : lipœdème : symptômes, stades et différence avec la cellulite. Et si vos jambes sont lourdes ou gonflées sans diagnostic de lymphœdème, lisez plutôt notre guide sur le drainage lymphatique des jambes lourdes et gonflées : la démarche n'y est pas la même. Les deux entités peuvent aussi coexister : aux stades avancés du lipœdème, un lymphœdème peut s'y ajouter.

Source : HAS, PNDS « Lymphœdème primaire », chapitre « Principaux diagnostics différentiels », février 2019 ; ISL, consensus 2023.

Le traitement de référence : la thérapie décongestive complète

La thérapie décongestive complète se déroule en deux phases : une phase intensive de réduction du volume, de 1 à 3 semaines, sous bandages peu élastiques portés jour et nuit, avec exercices, drainage manuel et soins de peau ; puis une phase d'entretien, à vie, fondée sur la compression élastique portée chaque jour. Pour l'INCa, c'est « le traitement principal » du lymphœdème.

Les deux phases du traitement, volet par volet
Volet Phase intensive (réduction) Phase d'entretien (maintien)
Compression Bandages peu élastiques multicouches, 24 h sur 24 Bas, chaussettes ou collant de compression, chaque jour du matin au soir ; bandages la nuit, environ 3 fois par semaine
Exercices Sous bandages, progressifs, guidés par le ressenti Activité physique régulière
Drainage manuel Séances associées aux bandages Si nécessaire
Peau Crème émolliente, traitement des portes d'entrée infectieuses Hydratation quotidienne, surveillance des pieds
Éducation Apprendre à comprendre sa maladie Autobandage, enfilage de la compression, contrôle du poids

La phase intensive

Son but est de faire baisser le volume. Le PNDS décrit des bandages portés 24 heures sur 24 pendant 5 jours à 3 semaines, en ambulatoire ou en hospitalisation selon les objectifs, la sévérité et les possibilités locales ; il indique une réduction de volume de 30 à 60 % chez l'adulte selon la méthode de calcul, un ordre de grandeur publié qui ne préjuge pas du résultat individuel. Concrètement, chez le kiné, une séance associe un contrôle de la peau, le drainage manuel, la pose des bandages, et des exercices à faire sous bandages. Les mesures de circonférence prises au bilan-diagnostic kinésithérapique, avec des repères fixes comme la pointe de la rotule, sont reprises régulièrement pour suivre l'évolution de manière objective.

La phase d'entretien

Elle commence dès la fin de la phase intensive et vise à conserver le résultat. Elle repose sur la compression élastique portée la journée, des bandages nocturnes plus espacés, l'activité physique, les soins de peau et le contrôle du poids. L'INCa précise que pour un lymphœdème de moins d'un an ou de faible volume, la phase d'entretien seule peut suffire. C'est la phase la plus longue et la plus exigeante : elle dépend surtout de vous, d'où l'importance de l'éducation thérapeutique.

Les bandages multicouches

Ils se composent d'un capitonnage (mousse ou coton) recouvert de plusieurs couches de bandes peu élastiques, c'est-à-dire dont l'allongement est inférieur à 100 %. Ce sont les seules bandes recommandées par les consensus internationaux et par la HAS, rappelle le PNDS. Ce type de bande exerce une pression forte quand le muscle se contracte, à la marche, et plus faible au repos, ce qui les rend supportables la nuit. L'ISL souligne qu'un bandage mal posé peut être inutile, voire nocif : il doit être réalisé par un professionnel formé, puis appris au patient pour l'autobandage.

La compression sur mesure

Pour la jambe, l'INCa rappelle que la compression doit être plus forte que pour le bras, avec souvent une superposition de deux dispositifs. Le PNDS recommande une compression sur mesure de pression élevée (classe 3 ou 4) pour stabiliser au mieux le volume, en tricotage circulaire ou rectiligne (à plat), ce dernier convenant aux jambes très déformées ou lorsque les orteils doivent être comprimés séparément. Des aides à l'enfilage existent. Les bas et collants de compression sont remboursés sur prescription, dans la limite de deux paires tous les six mois ; le masseur-kinésithérapeute peut prescrire les modèles de série, sauf avis contraire du médecin, les modèles sur mesure ne pouvant pas être prescrits par le kiné.

Quand la compression ou le drainage sont contre-indiqués, ou doivent attendre un avis médical

Avant une compression forte ou des bandages portés jour et nuit, le médecin vérifie qu'aucune de ces situations n'est présente :

  • Une artériopathie des jambes (artères rétrécies) : la HAS contre-indique la compression lorsque l'index de pression systolique (IPS), mesuré par le médecin, est inférieur à 0,6. C'est la vérification propre à la compression de la jambe.
  • Un diabète avec une atteinte évoluée des petits vaisseaux (microangiopathie) : la HAS contre-indique alors une compression de plus de 30 mmHg.
  • Une phlébite en cours ou suspectée : pas de drainage tant qu'une thrombose veineuse profonde aiguë n'est pas traitée ; certaines phlébites graves ou infectées contre-indiquent aussi la compression.
  • Une infection aiguë, dont l'érysipèle : pas de drainage pendant l'épisode ; la compression peut en revanche être maintenue si elle est tolérée, précise le PNDS.
  • Une insuffisance cardiaque non contrôlée ou une insuffisance rénale aiguë : contre-indication du drainage.
  • Un cancer non traité, ou un lymphœdème connu qui s'aggrave sans explication après un cancer : une récidive doit d'abord être recherchée. Parlez-en à l'oncologue ou au médecin qui vous suit avant de commencer ou de reprendre les séances.

Le détail figure dans notre article sur les contre-indications et les effets secondaires du drainage lymphatique.

Source : INCa, 16 juin 2023 ; HAS, PNDS « Lymphœdème primaire », février 2019 ; HAS, fiche BUTS « La compression médicale dans le traitement du lymphœdème », décembre 2010 ; HAS, rapport de décembre 2012 (synthèse des recommandations sur les contre-indications du drainage manuel) ; ISL, consensus 2023 ; Assurance Maladie, mémo « Orthèses élastiques de contention des membres », mis à jour le 24 juillet 2025.

Ce que le drainage lymphatique manuel apporte vraiment

Le drainage manuel est sûr en l'absence de contre-indication, mais ce n'est pas lui qui fait fondre le volume : c'est la compression. D'après la revue Cochrane de 2015, il peut apporter un petit bénéfice supplémentaire aux bandages, surtout dans les formes légères à modérées. Pour l'INCa, le drainage manuel seul n'a aucun impact sur le volume. Et ces études portent presque toutes sur le bras après un cancer du sein : pour la jambe, son effet propre n'est pas démontré.

Nous préférons être clairs sur ce point, parce que le drainage est souvent présenté comme le cœur du traitement. Voici ce que disent les meilleures sources disponibles :

  • Cochrane, 2015 (6 essais) : le drainage manuel est sûr et « peut apporter un bénéfice supplémentaire » aux bandages pour réduire le gonflement, plutôt dans les lymphœdèmes légers à modérés ; les résultats sur la fonction et la qualité de vie ne sont pas concluants. C'est toujours la dernière revue Cochrane sur le sujet.
  • Essais sur le bras après cancer du sein (Tambour et coll., 2018 ; Lin et coll., 2022) : ajouter le drainage au traitement décongestif n'a apporté aucune réduction de volume supplémentaire, mais il diminue la douleur. Le détail est dans notre article sur le lymphœdème du bras.
  • Consensus ISL 2023 : le drainage réduit la douleur et la sensation de tension et de dureté, mais n'ajoute que peu à la compression et aux exercices pour le volume ; pour les lymphœdèmes autres que celui du bras après cancer du sein, son effet « est inconnu », et la littérature soutient son emploi comme composante de la thérapie décongestive.
  • PNDS du lymphœdème primaire, 2019 : le drainage n'a pas été évalué spécifiquement dans cette forme.

Alors, pourquoi le kiné en fait-il ?

Parce qu'il fait partie d'un ensemble recommandé par la HAS, l'INCa et l'ISL, qu'il peut soulager la douleur et la tension, et qu'il s'inscrit dans une séance qui comprend aussi l'examen de la peau, la pose des bandages, les exercices et l'apprentissage des gestes. Ce qui ne se justifie pas, c'est une série de drainages sans compression : la jambe regonfle. Pour un bilan plus large des effets prouvés du drainage, voyez notre article sur les bienfaits et l'efficacité du drainage lymphatique. Les techniques portent différents noms (Vodder, Leduc…), mais le rapport de la HAS de 2012 sur le lymphœdème du bras constate qu'aucune technique standard de drainage manuel n'a pu être identifiée.

Source : Ezzo et coll., Cochrane, 21 mai 2015 ; Tambour et coll., Br J Cancer, 2018 ; Lin et coll., Clin Breast Cancer, 2022 ; ISL, consensus 2023 ; INCa, 16 juin 2023 ; HAS, rapport de décembre 2012.

Nouveaux traitements et chirurgie du lymphœdème

Aucun médicament n'a fait la preuve de son efficacité et aucune opération ne guérit définitivement un lymphœdème. Certaines chirurgies, anastomoses lymphatico-veineuses, transferts de ganglions, liposuccion spécifique, peuvent être proposées à des patients sélectionnés par des équipes spécialisées, toujours en complément de la compression, qui reste nécessaire après l'opération.

Les médicaments : une réponse claire

Le PNDS est formel : il n'existe pas de traitement médicamenteux du lymphœdème, les veinotoniques ne sont pas efficaces et les diurétiques ne sont jamais indiqués dans cette indication isolée, où ils sont même dangereux. Méfiez-vous des compléments et des « nouveaux traitements » vendus en ligne.

La chirurgie

  • Les anastomoses lymphatico-veineuses relient de petits vaisseaux lymphatiques à des veines pour contourner l'obstacle. Le consensus ISL 2023 note qu'elles sont pratiquées dans de nombreux centres dans le monde ; le PNDS français de 2019, plus prudent, ne recommandait pas la chirurgie lymphatique en dehors d'essais cliniques et la décrivait comme très marginale en France.
  • Le transfert de ganglions, prélevés ailleurs dans le corps, est pratiqué dans plusieurs centres, avec un risque de lymphœdème dans la zone de prélèvement.
  • La liposuccion du lymphœdème, très différente de la liposuccion esthétique, retire le tissu graisseux accumulé dans les formes où le godet a disparu. Elle impose le port d'une compression en continu, au long cours, pour conserver le résultat.
  • Les chirurgies de résection retirent un excès de peau ou traitent des lésions compliquées, surtout dans les formes les plus sévères.

Le réseau français des centres experts du lymphœdème résume : « aucune intervention chirurgicale ne peut guérir définitivement un lymphœdème ». Si l'on vous parle de chirurgie, demandez un avis dans un centre spécialisé.

Source : HAS, PNDS « Lymphœdème primaire », février 2019 ; ISL, consensus 2023 ; Réseau Lymphœdèmes primaires, « Examens et traitements du lymphœdème », consulté le 30 septembre 2026.

Prise en charge : ordonnance, cotation et remboursement

Sur prescription médicale, la rééducation d'un lymphœdème vrai par drainage manuel est cotée RAV 8 pour une jambe et RAV 9 pour les deux jambes, pour une séance de l'ordre de trente minutes, avec un supplément lorsque des bandages multicouches sont posés. L'Assurance Maladie rembourse 60 %, ou 100 % si le lymphœdème est pris en charge dans le cadre d'une ALD, par exemple un cancer.

Cotations du lymphœdème des membres inférieurs (NGAP en vigueur au 1er septembre 2026)
Acte Cotation Tarif conventionnel (métropole)
Lymphœdème vrai, drainage manuel, une jambe RAV 8 17,68 €
Lymphœdème vrai, drainage manuel, deux jambes RAV 9 19,89 €
Supplément bandage multicouche, un membre RAV 1 2,21 €
Supplément bandage multicouche, deux membres RAV 2 4,42 €

Ces montants résultent du coefficient multiplié par la lettre-clé, qui vaut 2,21 € en métropole (2,43 € dans les départements d'outre-mer). Le libellé de la nomenclature couvre les lymphœdèmes « après chirurgie et/ou radiothérapie » et les lymphœdèmes congénitaux : c'est le diagnostic écrit par le médecin sur l'ordonnance qui ouvre le droit. L'acte plus long réservé au bras après un cancer du sein, avec rééducation de l'épaule, est traité dans notre article sur le lymphœdème du bras après un cancer du sein.

  • Taux de remboursement : 60 % du tarif conventionnel, ou 100 % si le lymphœdème est pris en charge dans le cadre d'une affection de longue durée (ALD), par exemple un cancer.
  • Franchise médicale : 1 € par séance, qui reste due en ALD et qu'aucune mutuelle ne rembourse.
  • Bas et collants de compression : remboursés sur prescription, sur une ordonnance distincte, sans accord préalable.

Pour le détail de l'ordonnance à faire écrire, du reste à charge (plafonds de la franchise, ALD « hors liste ») et des cas particuliers, voyez notre guide complet sur la cotation RAV 8 et RAV 9 et le remboursement du drainage lymphatique.

Source : NGAP, titre XIV, chapitre II, article 7, version en vigueur du 1er septembre 2026 ; Ameli, tarifs conventionnels des masseurs-kinésithérapeutes ; Ameli, taux de remboursement (19 janvier 2026), ALD (9 janvier 2026) et franchise médicale (29 septembre 2026).

Vivre avec un lymphœdème de la jambe au quotidien

Au quotidien, trois réflexes comptent plus que tout : porter sa compression chaque jour, prendre soin de la peau des jambes et des pieds pour éviter l'érysipèle, et rester actif. Le sport n'est pas contre-indiqué et les voyages en avion non plus ; beaucoup d'anciens interdits ont été abandonnés faute de preuve.

La peau et les pieds

Le lymphœdème est le principal facteur de risque d'érysipèle, une infection bactérienne de la peau. Hydratez la jambe chaque jour avec une crème émolliente, lavez toute plaie à l'eau et au savon, et surveillez les pieds : intertrigo (mycose entre les orteils), ongles incarnés ou mycosés, talons fissurés sont autant de portes d'entrée. Un suivi par un pédicure-podologue peut être utile.

La chaleur

Beaucoup de patients constatent que leur jambe gonfle davantage par forte chaleur. Le consensus ISL rappelle que la chaleur augmente la charge du système lymphatique : c'est pourquoi il est conseillé d'éviter une chaleur excessive sur un membre à risque. Il précise toutefois qu'aucune preuve scientifique formelle ne confirme ni ne réfute ces précautions. Sans vous priver de tout, évitez d'exposer longtemps la jambe à une forte chaleur et observez sa réaction.

L'avion

Dans ses conseils de prévention, destinés aux personnes à risque de lymphœdème, l'INCa est clair : contrairement aux conseils donnés autrefois, il n'y a aucune contre-indication à prendre l'avion, quels que soient le nombre et la durée des vols. Pour un lymphœdème de jambe déjà installé, voyez avec votre médecin ou votre kiné comment porter votre compression pendant le vol ; sur un long trajet, levez-vous et marchez de temps en temps pour faire travailler la pompe musculaire du mollet.

Le sport

Le PNDS indique que les activités physiques n'aggravent pas le lymphœdème et qu'aucun sport ne fait l'objet de restriction, à condition d'une reprise progressive et encadrée. Le port de la compression pendant l'effort est recommandé, sans être obligatoire. Marche, vélo et activités aquatiques font travailler la pompe musculaire du mollet, et le contrôle du poids fait partie du traitement.

Consultez un médecin en urgence, sans attendre votre séance

Fièvre élevée d'apparition brutale, frissons, jambe rouge, chaude, douloureuse, qui gonfle d'un coup : ce sont les signes d'un érysipèle, la principale complication du lymphœdème. Il se traite par antibiotiques, prescrits par un médecin, et ne doit pas être drainé. Ne prenez pas d'anti-inflammatoires (ibuprofène, par exemple) en attendant : le PNDS les contre-indique dans l'érysipèle. De même, une jambe qui gonfle brutalement d'un seul côté et devient douloureuse peut révéler une phlébite (thrombose veineuse), autre urgence médicale. En cas de gêne respiratoire, appelez le 15.

Pour entretenir vos acquis entre les séances, votre kiné peut vous apprendre quelques gestes simples : voyez notre guide d'auto-drainage lymphatique, qui ne remplace ni la compression ni le suivi.

Source : INCa, 16 juin 2023 ; HAS, PNDS « Lymphœdème primaire », chapitres « Activités physiques » et « Complications : l'érysipèle », février 2019 ; ISL, consensus 2023.

Qui consulter, et où se faire soigner ?

Commencez par votre médecin traitant ou le spécialiste qui vous suit : il pose le diagnostic, élimine les autres causes et prescrit la rééducation et la compression. Le traitement est ensuite réalisé par un masseur-kinésithérapeute formé au lymphœdème. Pour un lymphœdème primaire, volumineux ou qui répond mal au traitement, un centre spécialisé peut être nécessaire.

Le parcours

  • Le médecin (traitant, médecin vasculaire, oncologue, dermatologue…) : diagnostic, examens, prescription.
  • Les centres experts : pour le lymphœdème primaire, le PNDS demande au médecin traitant d'orienter le patient vers un centre de référence ou de compétence pour confirmer le diagnostic. En Île-de-France, le centre de référence du réseau Lymphœdèmes primaires est l'hôpital Cognacq-Jay, dans le 15e arrondissement ; la carte des centres experts recense les autres régions.
  • Le masseur-kinésithérapeute : bilan-diagnostic kinésithérapique, séances de la phase intensive, bandages, éducation, suivi de l'entretien. L'INCa précise que la thérapie décongestive est réalisée par un kiné « formé aux techniques de traitement du lymphœdème » : au moment de réserver, dites qu'il s'agit d'un lymphœdème et si des bandages sont prescrits.
  • Le pharmacien orthopédiste ou l'orthésiste : prise de mesures et délivrance de la compression sur mesure.

Dans nos cabinets

Le drainage lymphatique est proposé dans nos trois cabinets parisiens, Oberkampf, Marais et Alésia. La page kinésithérapie et drainage lymphatique à Paris détaille cette prise en charge dans nos cabinets. Précisez lors de la prise de rendez-vous qu'il s'agit d'un lymphœdème de jambe et ce que prévoit votre ordonnance : nous vous orienterons vers le bon praticien, et vers un centre spécialisé si votre situation le justifie. Si votre ordonnance prévoit des bandages multicouches en phase intensive, signalez-le à la réservation : nous vérifierons qu'un praticien disponible les pose, sinon nous vous orienterons vers un confrère ou un centre spécialisé qui les pose.

Vous n'habitez pas en Île-de-France ? L'annuaire santé d'Ameli permet de trouver un masseur-kinésithérapeute près de chez vous ; demandez-lui, avant la première séance, s'il prend en charge les lymphœdèmes et pose des bandages multicouches.

Vous avez une ordonnance pour un lymphœdème ?

Le drainage lymphatique est proposé dans nos cabinets d'Oberkampf, du Marais et d'Alésia. Réservez dans le cabinet le plus proche en précisant s'il s'agit d'un lymphœdème et si des bandages multicouches sont prescrits, puis apportez votre ordonnance, votre carte Vitale et vos comptes rendus médicaux à la première séance.

Par téléphone : Oberkampf 01 80 91 92 79 · Alésia 01 89 33 51 04

Pour aller plus loin

Équipe de masseurs-kinésithérapeutes Kinés Paris

Réseau de 5 cabinets de kinésithérapie en Île-de-France. Nos masseurs-kinésithérapeutes diplômés d'État. Article rédigé à partir du PNDS de la Haute Autorité de santé, des publications de l'Institut national du cancer, du consensus 2023 de l'International Society of Lymphology, de la revue Cochrane et de la nomenclature de l'Assurance Maladie.

Avertissement médical : cet article est informatif et ne remplace ni l'avis de votre médecin, ni le bilan de votre kinésithérapeute. Seul un médecin peut poser le diagnostic de lymphœdème, en rechercher la cause et prescrire le traitement. Aucun traitement ne garantit un résultat. Les montants cités sont les tarifs conventionnels en vigueur à la date de vérification indiquée ci-dessous.

Questions fréquentes sur le lymphœdème de la jambe

Les questions que nous posent le plus souvent les patients qui découvrent leur diagnostic.

Le traitement de référence est la thérapie décongestive complète, en deux phases. La phase intensive, de 1 à 3 semaines, associe des bandages peu élastiques multicouches portés jour et nuit, des exercices sous bandages, du drainage lymphatique manuel et des soins de peau. La phase d'entretien, au long cours, repose sur une compression élastique portée chaque jour, des bandages nocturnes plus espacés, l'activité physique et le contrôle du poids. Elle est prescrite par un médecin et réalisée par un masseur-kinésithérapeute formé au lymphœdème.

Un lymphœdème installé ne disparaît pas : c'est une maladie chronique, qui se contrôle mais ne se guérit pas. L'Institut national du cancer précise que lorsque la lymphe devient minoritaire dans les tissus, le lymphœdème est chronique et ne pourra plus disparaître. Le traitement permet en revanche de réduire le volume puis de le stabiliser, et aucune chirurgie ne le guérit définitivement.

Le lymphœdème primaire est dû à une anomalie constitutionnelle du réseau lymphatique et touche surtout les jambes, plus souvent chez la femme et le sujet jeune. Le lymphœdème secondaire, le plus fréquent, survient après un curage ganglionnaire ou une radiothérapie, notamment pour un cancer gynécologique, urinaire, un mélanome ou un cancer digestif, plus rarement à cause du cancer lui-même, d'un traumatisme ou d'infections répétées. Le surpoids augmente le risque.

La principale complication est l'érysipèle, une infection bactérienne de la peau qui se manifeste par une fièvre élevée, des frissons, une rougeur, une chaleur et une douleur de la jambe : elle impose de consulter un médecin en urgence. Non traité, le lymphœdème peut aussi s'aggraver, épaissir la peau, gêner la mobilité et altérer fortement la qualité de vie.

Consultez d'abord votre médecin traitant ou le spécialiste qui vous suit : il pose le diagnostic, élimine les autres causes de gonflement et prescrit la rééducation et la compression. Le traitement est ensuite réalisé par un masseur-kinésithérapeute formé au lymphœdème. Pour un lymphœdème primaire, le médecin oriente vers un centre de référence ou de compétence, comme l'hôpital Cognacq-Jay en Île-de-France.

Non. Pour l'Institut national du cancer, le drainage lymphatique manuel seul n'a aucun impact sur le volume du lymphœdème. La revue Cochrane de 2015 conclut qu'il est sûr et peut apporter un petit bénéfice supplémentaire aux bandages, surtout dans les formes légères à modérées. C'est la compression qui fait l'essentiel de la réduction du volume ; le drainage est un volet du traitement, qui peut soulager la douleur et la tension.

Oui, sur prescription médicale. La rééducation d'un lymphœdème vrai par drainage manuel est cotée RAV 8 pour une jambe (17,68 €) et RAV 9 pour les deux (19,89 €), avec un supplément si des bandages multicouches sont posés. L'Assurance Maladie rembourse 60 %, ou 100 % si le lymphœdème est pris en charge dans le cadre d'une ALD, par exemple un cancer. Une franchise de 1 € par séance reste due.

Sources et mise à jour

Article publié le 30 septembre 2026. Textes, cotations et sources vérifiés à cette date ; revérification programmée chaque année, ou plus tôt si la nomenclature ou les recommandations évoluent.