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Lymphœdème du bras après un cancer du sein : le parcours kiné, de la phase intensive au manchon

18 min de lecture

Un lymphœdème du bras après un cancer du sein est un gonflement chronique du bras du côté opéré, dû à une lymphe qui s'évacue mal après un curage ganglionnaire de l'aisselle (curage axillaire) ou une radiothérapie. Il se traite chez le masseur-kinésithérapeute, sur prescription, par la thérapie décongestive complète : une phase intensive (le plus souvent 10 séances d'environ une heure quand l'épaule est aussi atteinte, selon les critères de la nomenclature) qui associe soins de peau, drainage manuel, bandages et, le cas échéant, rééducation de l'épaule, puis une phase d'entretien où le manchon de compression prend le relais. Le drainage n'en est qu'un volet : seul, il ne réduit pas le volume.

Ne plus porter de sac, ne jamais prendre l'avion, faire du drainage « pour prévenir » : une partie des consignes que reçoivent encore les patientes est aujourd'hui abandonnée par l'Institut national du cancer. Ce guide décrit le parcours concret : pourquoi le bras gonfle, les signes à surveiller, le déroulé des 10 séances de la phase intensive, l'entretien au quotidien et ce que les études disent réellement du drainage. Pour les généralités sur le lymphœdème (stades, lymphœdème primaire, jambe), voyez notre article sur le lymphœdème de la jambe, ses causes et ses stades.

L'essentiel en 5 points

  • Le risque est nettement plus élevé après un curage axillaire qu'après la seule technique du ganglion sentinelle ; la radiothérapie de l'aisselle l'augmente aussi.
  • Premiers signes : lourdeur, bague, montre ou manche qui serrent, écart de mesure entre les deux bras.
  • La seule prévention reconnue par l'INCa est le contrôle du poids ; le drainage n'est pas indiqué en prévention.
  • En phase intensive, la nomenclature prévoit un acte spécifique, coté RAV 15,5 : environ 60 minutes, bandage compris, 10 séances optimales.
  • Remboursement à 60 %, ou à 100 % si le lymphœdème est pris en charge dans le cadre d'une ALD (par exemple un cancer).

Pourquoi un lymphœdème du bras après un cancer du sein ?

Le bras gonfle parce que la lymphe qui en provient traverse les ganglions de l'aisselle avant de rejoindre la circulation. Quand une partie de ces ganglions est retirée (curage axillaire) ou irradiée, le passage est rétréci : la lymphe stagne dans le bras, qui augmente de volume. Le lymphœdème peut apparaître dans les semaines qui suivent le traitement, mais aussi des années plus tard.

Le lien entre système lymphatique et cancer du sein

Le système lymphatique est un réseau de fins vaisseaux qui ramène vers le sang le liquide sorti des tissus, la lymphe, en le faisant passer par des relais : les ganglions lymphatiques. Ceux qui drainent le sein et le bras sont regroupés dans l'aisselle. C'est pour cette raison que le chirurgien les examine : l'Institut national du cancer (INCa) définit le curage ganglionnaire comme l'ablation d'une partie des ganglions situés à proximité de l'organe atteint, « afin d'examiner s'ils contiennent ou non des cellules cancéreuses ». Le même réseau qui sert au bilan du cancer est donc celui dont dépend l'évacuation de la lymphe du bras.

Schéma du drainage lymphatique du bras et de la mesure comparative des deux bras À gauche, un bras stylisé : des collecteurs lymphatiques remontent de la main vers les ganglions de l'aisselle, zone touchée par le curage axillaire ou la radiothérapie. À droite, la mesure comparative : le tour des deux bras est mesuré aux mêmes niveaux ; un écart de plus de 2 centimètres à au moins un niveau est l'un des critères de l'acte kiné de la phase intensive. ganglions de l'aisselle (curage, radiothérapie) collecteurs lymphatiques La lymphe remonte de la main vers l'aisselle. Mesure comparative bras sain bras opéré bras coude avant-bras Écart de plus de 2 cm à un niveau : critère de l'acte RAV 15,5
Schéma simplifié, sans échelle. La mesure se fait aux mêmes niveaux sur les deux bras, par le médecin ou le kinésithérapeute, et sert de référence pour suivre l'évolution.

Curage ganglionnaire axillaire ou ganglion sentinelle : un risque très différent

Le curage axillaire retire une grande partie des ganglions de l'aisselle. La technique du ganglion sentinelle n'en retire que le ou les premiers relais, ceux qui reçoivent en premier la lymphe du sein. Le rapport de la Haute Autorité de santé (HAS) de décembre 2012 estimait, d'après la littérature alors disponible, la fréquence du lymphœdème entre 15 et 28 % après un curage axillaire classique et entre 2,5 et 6,9 % après la technique du ganglion sentinelle. Savoir quelle chirurgie vous avez eue aide donc à situer votre risque : le compte rendu opératoire le précise.

La radiothérapie et le délai d'apparition

La radiothérapie, externe ou par curiethérapie, figure avec le curage parmi les deux traitements que l'INCa cite comme pouvant provoquer un lymphœdème. Plus rarement, c'est le cancer lui-même qui en est la cause. Le délai est très variable : le rapport de la HAS le décrit comme allant d'une installation immédiate à une apparition 25 ans après la chirurgie. Le gonflement débute le plus souvent à la racine du bras ou au coude, mais il peut aussi commencer par la main, et atteindre la paroi du thorax, la région de l'omoplate ou le sein.

À ne pas confondre avec le lymphocèle : une poche de lymphe qui se forme sous la peau, au niveau de la cicatrice, dans les suites de l'opération. Ce n'est pas un lymphœdème, et c'est le chirurgien qui le prend en charge.

Source : INCa, « Le lymphœdème après le traitement d'un cancer », mis à jour le 16 juin 2023 ; HAS, rapport d'évaluation « Prise en charge masso-kinésithérapique d'un lymphœdème et d'une raideur de l'épaule après traitement d'un cancer du sein », décembre 2012.

Quels sont les premiers signes d'un lymphœdème du bras ?

Le premier signe est le plus souvent une sensation de lourdeur ou de gonflement du bras du côté opéré, avant même que la différence se voie. Une bague, un bracelet, une montre ou une manche qui serrent plus que d'habitude doivent alerter. Le diagnostic repose sur la mesure : une différence de 10 % de volume entre les deux bras, ou plus simplement de 2 centimètres de tour, permet de le poser en consultation.

L'INCa décrit une apparition « souvent discrète et transitoire » : le bras gonfle en fin de journée, puis dégonfle la nuit, avant que le gonflement ne s'installe. Les signes à connaître :

  • une augmentation de volume du bras, de l'avant-bras, de la main ou des doigts ;
  • une sensation de lourdeur ou de tension, le symptôme le plus souvent rapporté selon la HAS ;
  • des vêtements ou des bijoux qui serrent : bague, bracelet, montre, manche ;
  • une peau qui durcit ou s'épaissit ;
  • une gêne pour bouger le coude, le poignet ou l'épaule quand le volume augmente.

Pourquoi la mesure compte

Au cabinet, le kinésithérapeute mesure le tour des deux bras à plusieurs niveaux repérés, et note les chiffres lors du bilan-diagnostic kinésithérapique : ce sont eux qui diront, séance après séance, si le traitement agit. Si vous remarquez un changement, parlez-en rapidement à votre médecin ou à votre oncologue : un lymphœdème récent ou de faible volume se traite plus simplement.

Ce que vous remarquez, et quoi faire
Ce que vous remarquez Ce que cela peut être Que faire
Lourdeur, bague ou manche qui serrent, bras un peu plus gros le soir Début possible de lymphœdème En parler à votre médecin ou à votre oncologue, qui peut prescrire un bilan et des séances
Épaule qui ne monte plus, main difficile à porter derrière la nuque Raideur de l'épaule après la chirurgie ou la radiothérapie Consulter : elle se rééduque, et elle compte parmi les critères de l'acte combiné
Bras gonflé qui devient douloureux, sans cause évidente La douleur est rare dans le lymphœdème : une autre cause est à rechercher Avis médical rapide, avant toute séance
Bras rouge, chaud, douloureux, avec de la fièvre Érysipèle, la principale complication du lymphœdème Consulter en urgence ; pas de drainage tant que ce n'est pas traité

Consultez sans attendre, et pas de drainage avant l'avis du médecin

Un bras rouge et chaud, douloureux, avec de la fièvre, doit faire consulter en urgence : c'est le tableau de l'érysipèle, une infection bactérienne de la peau que l'INCa décrit comme la principale complication du lymphœdème. Un gonflement brutal et douloureux impose aussi un avis médical le jour même, car il peut traduire une thrombose veineuse. Enfin, la HAS rappelle qu'une douleur nouvelle dans un bras atteint de lymphœdème doit faire rechercher une autre pathologie, notamment une atteinte de l'épaule, un problème nerveux ou une récidive du cancer au niveau de l'aisselle : signalez-la à votre oncologue. Dans toutes ces situations, les séances de drainage et les bandages sont suspendus jusqu'au diagnostic.

Source : INCa, « Comment reconnaître un lymphœdème ? » et « Quelles sont les conséquences du lymphœdème ? », 16 juin 2023 ; HAS, rapport de décembre 2012, chapitre « Clinique ».

Prévention : ce qui est recommandé et ce qui ne l'est plus

Selon l'INCa, la seule mesure de prévention du lymphœdème est le contrôle du poids ; aucune autre n'est jugée pertinente. Les drainages lymphatiques manuels ne sont pas indiqués en prévention. En revanche, pour le bras à risque, plusieurs interdits d'autrefois sont levés : prise de sang, tension artérielle, avion, port de charges et activité physique sont possibles du côté opéré.

Voici ce qu'écrit l'INCa dans sa page mise à jour en 2023, à propos de la prévention, donc d'un bras qui n'a pas (encore) de lymphœdème :

Idées reçues et position de l'Institut national du cancer (2023)
On entend souvent Ce que dit l'INCa
« Faites du drainage pour éviter le gros bras. » Les drainages lymphatiques manuels ne sont pas indiqués en prévention.
« Plus jamais de prise de sang ni de tension de ce côté. » Aucune contre-indication au prélèvement sanguin, à l'injection intraveineuse ou à la mesure de la tension sur le bras du sein opéré.
« Évitez l'avion. » Aucune contre-indication aux vols, quels que soient leur nombre et leur durée.
« Ne portez plus rien de ce bras. » Les activités de la vie quotidienne, y compris le port de charges, peuvent être poursuivies.
« Arrêtez le sport. » L'activité physique peut être poursuivie ou reprise ; le contrôle du poids est la seule prévention reconnue.

Si un lymphœdème est déjà installé, la priorité devient la protection du membre atteint : l'INCa demande de limiter toute blessure de ce bras. Parlez avec votre médecin ou votre kiné du port du manchon en avion, et signalez le lymphœdème avant toute piqûre de ce côté.

Ce que valent les études sur la prévention par le drainage

Dans l'essai randomisé belge publié dans le BMJ en 2011 (160 patientes après un curage axillaire), ajouter six mois de drainage aux conseils et aux exercices n'a pas réduit la fréquence du lymphœdème à un an. La méta-analyse de Lin et coll. (2022) trouve moins de lymphœdèmes avec le drainage, mais ses auteurs jugent eux-mêmes cet effet préventif « à discuter » (détails dans le tableau des études). La position française est nette : pas de drainage en prévention.

Ce qui est recommandé après l'opération : bouger l'épaule

La HAS rapporte que la rééducation précoce de l'épaule après la chirurgie est recommandée par la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, pour prévenir l'enraidissement et retrouver l'amplitude nécessaire à la radiothérapie. Les exercices doivent être quotidiens et reprendre des gestes de la vie courante : porter la main à la bouche, derrière la nuque, tendre les bras devant un miroir. La HAS précise qu'il s'agit de mouvements lents, sans à-coups et sans douleur ; dans les premiers jours, respectez les consignes du chirurgien tant que le drain ou la cicatrice ne permettent pas davantage. C'est cette rééducation, et non le drainage, qui a sa place dans les semaines qui suivent l'opération.

Source : INCa, « Comment prévenir le lymphœdème ? », 16 juin 2023 ; Devoogdt N. et coll., BMJ, 2011 ; Lin Y. et coll., Clinical Breast Cancer, 2022 ; HAS, rapport de décembre 2012.

La prise en charge kiné : phase intensive puis entretien

Le traitement de référence est la thérapie décongestive complète en deux phases. La phase intensive, de 1 à 3 semaines selon l'INCa, associe bandages peu élastiques portés jour et nuit, exercices sous bandages, drainage manuel et soins de la peau. La phase d'entretien repose sur le manchon de compression, les auto-bandages quelques nuits par semaine, l'exercice régulier et l'hydratation de la peau. Pour un lymphœdème récent ou de faible volume, l'entretien seul peut suffire.

Les deux phases de la thérapie décongestive complète
  Phase intensive Phase d'entretien
Objectif Réduire le volume du bras Garder le volume obtenu, au long cours
Compression Bandages peu élastiques multicouches, jour et nuit Manchon de compression, souvent sur mesure ; auto-bandages 3 nuits par semaine
Exercices Sous bandages, et rééducation de l'épaule Activité physique régulière, avec le manchon
Drainage manuel En complément des autres mesures Facultatif
Peau Crème émolliente Crème émolliente chaque jour, prévention des plaies

La phase intensive : l'acte RAV 15,5, séance par séance

La nomenclature de l'Assurance Maladie prévoit un acte propre à cette situation : la « rééducation pour un lymphœdème du membre supérieur après traitement d'un cancer du sein, associée à une rééducation de l'épaule homolatérale à la phase intensive du traitement du lymphœdème », coté RAV 15,5. Il n'est indiqué que si quatre critères sont réunis :

  1. une différence de circonférence de plus de 2 cm à au moins un niveau du bras atteint par rapport à l'autre bras ;
  2. une asymétrie de mobilité passive entre les deux épaules, apparue ou aggravée après le traitement du cancer du sein ;
  3. l'acceptation des bandages, indissociables du drainage dans ce traitement ;
  4. une répercussion fonctionnelle importante, c'est-à-dire une perte d'autonomie due au lymphœdème et à la raideur de l'épaule.

La séance dure de l'ordre de 60 minutes selon la nomenclature (le rapport de la HAS l'avait estimée à au moins 1 h 15). Elle enchaîne, dans cet ordre, les étapes décrites par la HAS :

Le déroulé d'une séance de la phase intensive
Étape Ce que fait le kinésithérapeute
1. Soins de la peau Inspection et hydratation de la peau, repérage des petites plaies qui favorisent l'infection.
2. Rééducation de l'épaule Mobilisation passive sans douleur de l'épaule et de l'omoplate, sans bandage : c'est la base du programme selon la HAS.
3. Drainage lymphatique manuel Manœuvres lentes et légères, qui commencent à distance du gonflement, en zone saine (tronc, aisselle et aine du côté opposé ou de l'autre quadrant), puis gagnent la racine du bras et descendent progressivement jusqu'à la main. Les techniques varient : la HAS n'en a identifié aucune qui soit standard.
4. Pose des bandages Bandages multicouches peu élastiques, gardés jusqu'à la séance suivante.
Tout au long Éducation thérapeutique : surveillance de la peau, exercices, préparation à l'entretien. La HAS la qualifie de composante « primordiale ».

Combien de séances ? La nomenclature fixe le nombre optimal à 10 ; les cas exceptionnels qui en demandent davantage doivent être précédés d'un bilan-diagnostic kinésithérapique. La HAS recommande un rythme de 5 jours sur 7 pendant 14 jours de suite, et précise que ce programme ne devrait en général être réalisé qu'une fois par patiente et par sein opéré. Concrètement, prévoyez deux semaines d'une séance par jour ouvré, bandages gardés entre deux séances. Pour les autres situations de drainage, notre article sur le nombre de séances et le délai des effets détaille les rythmes habituels.

Si les quatre critères ne sont pas réunis (par exemple un lymphœdème sans atteinte de l'épaule), le médecin peut prescrire la rééducation d'un lymphœdème vrai par drainage manuel, cotée RAV 8 pour un membre, avec un supplément si des bandages multicouches sont posés. La séance dure alors de l'ordre de 30 minutes.

La rééducation de l'épaule

L'épaule est l'autre séquelle fréquente du traitement. Le rapport de la HAS situe la fréquence des séquelles fonctionnelles de l'épaule après curage axillaire entre 8 et 40 % selon les études, et note que la raideur débute pendant l'hospitalisation puis s'installe vers le 15e jour, souvent après le retour à domicile. Ce sont surtout l'élévation du bras sur le côté et vers l'avant qui sont limitées : la patiente a du mal à porter la main sur la tête ou derrière le cou. Le kinésithérapeute mesure l'amplitude des deux épaules, travaille en mobilisation passive sans douleur, puis confie des exercices quotidiens à faire à la maison. Une raideur qui s'installe peut aussi relever d'une capsulite, une pathologie à part entière : voyez la rééducation d'une capsulite rétractile, phase par phase.

Espalier, élastiques de rééducation, kettlebells, step et médecine-balls rangés le long d'un mur du cabinet d'Oberkampf
Espalier et élastiques du cabinet d'Oberkampf : le petit matériel de la rééducation active, une fois l'amplitude de l'épaule retrouvée.

L'entretien : manchon, auto-bandage et auto-drainage

Une fois le volume réduit, c'est la compression élastique qui le maintient. L'INCa recommande de prescrire la compression maximale tolérée, avec un recours fréquent au sur-mesure ; le manchon est délivré par un pharmacien orthopédiste ou un orthésiste. La revue Cochrane de 2015 note qu'après un an de suivi, les patientes dont le volume avait été réduit le gardaient en général si elles continuaient à porter un manchon sur mesure. Les manchons sont remboursés sur prescription, sur une ordonnance séparée de celle des séances, et sans accord préalable.

L'INCa ajoute à l'entretien les auto-bandages peu élastiques, 3 nuits par semaine, appris dans le cadre d'un programme d'éducation thérapeutique, l'exercice régulier et l'hydratation quotidienne de la peau. Le drainage par le kiné devient facultatif. Beaucoup de patientes apprennent au cabinet une version simplifiée, l'auto-drainage : la HAS le décrit comme un automassage de 10 à 20 minutes par jour. Notre guide des gestes d'auto-drainage lymphatique en montre les principes ; il ne remplace ni le manchon, ni le suivi.

Pour protéger la peau au quotidien, l'INCa conseille des gants pour la vaisselle et le bricolage, de la prudence lors des soins des mains, et de laver toute plaie à l'eau et au savon. La perte de poids, en cas de surpoids, limite aussi la sévérité du lymphœdème.

Source : NGAP, titre XIV, chapitre II, article 7, version en vigueur du 1er septembre 2026 ; HAS, rapport de décembre 2012 ; INCa, 16 juin 2023 ; Ezzo J. et coll., revue Cochrane, 2015 ; Assurance Maladie, mémo LPP « Orthèses élastiques de contention des membres », 24 juillet 2025.

Les contre-indications propres à cet acte

La nomenclature liste six contre-indications à l'acte combiné de la phase intensive : une pathologie aiguë du bras non diagnostiquée ou non traitée, une insuffisance cardiaque décompensée, une tumeur maligne non traitée, une épaule hyperalgique, une chambre implantable sous la clavicule du côté opéré, et du matériel d'ostéosynthèse sous la peau avec une partie externe sur le bras à traiter. Elle exclut aussi la phase d'entretien et les soins palliatifs.

Contre-indications et non-indications de l'acte RAV 15,5 (NGAP 2026)
Situation En pratique
Pathologie aiguë du bras concerné, non diagnostiquée ou non traitée (érysipèle, thrombose…) Diagnostic et traitement médical d'abord ; les séances reprennent ensuite.
Insuffisance cardiaque décompensée Le cardiologue ou le médecin traitant décide de la conduite à tenir.
Tumeur maligne non traitée Un gonflement qui apparaît ou s'aggrave sans explication se signale à l'oncologue.
Épaule hyperalgique (très douloureuse) La rééducation de l'épaule prévue par l'acte n'est pas réalisable en l'état : la douleur est d'abord explorée.
Chambre implantable sous la clavicule, du côté opéré L'acte combiné n'est pas indiqué ; le médecin adapte la prescription.
Matériel d'ostéosynthèse sous la peau, avec une partie externe, sur le bras à traiter L'acte combiné n'est pas indiqué ; avis du chirurgien.
Phase d'entretien, soins palliatifs Non-indications de cet acte : la prise en charge relève d'autres modalités, décidées avec le médecin.

Ces règles sont spécifiques à l'acte du bras après cancer du sein. Pour les contre-indications générales du drainage (phlébite, infection, insuffisance cardiaque, grossesse…), voyez notre article sur les dangers, contre-indications et effets secondaires du drainage lymphatique.

Source : NGAP, titre XIV, chapitre II, article 7, « Contre-indications » et « Non-indications », version en vigueur du 1er septembre 2026.

Ce que disent les études sur le drainage

Le drainage lymphatique manuel est sûr et bien toléré, mais les essais montrent qu'il apporte peu ou pas de réduction de volume supplémentaire quand il s'ajoute aux bandages, à la compression et aux exercices. L'INCa écrit que le drainage seul n'a aucun impact sur le volume du lymphœdème. Son intérêt se situe plutôt dans les formes légères à modérées, en complément, et possiblement sur la douleur.

Les principales études sur le drainage dans le lymphœdème du bras
Étude Ce qui a été comparé Résultat
Revue Cochrane, Ezzo et coll., 2015 (6 essais) Drainage en plus des bandages, contre bandages seuls, notamment Les bandages seuls réduisent le volume de 30 à 38,6 % ; le drainage ajoute environ 7 points (2 essais, 83 patientes), plutôt dans les formes légères à modérées. Sûr et bien toléré.
Tambour et coll., Br J Cancer, 2018 (73 patientes analysées) Thérapie décongestive avec ou sans drainage Volume réduit dans les deux groupes, sans différence à 7 mois : le drainage n'apporte pas de réduction supplémentaire.
EFforT-BCRL, De Vrieze et coll., J Physiother, 2022 (194 patientes) Drainage guidé par imagerie, drainage classique ou drainage placebo, en plus de la thérapie décongestive Réduction comparable dans les trois groupes : pas de bénéfice cliniquement important du drainage dans le lymphœdème chronique.
Devoogdt et coll., BMJ, 2011 (160 patientes) Prévention après curage axillaire : conseils et exercices, avec ou sans drainage 24 % contre 19 % de lymphœdèmes à un an, différence non significative.
Lin et coll., Clin Breast Cancer, 2022 (11 essais, 1 564 patientes) Drainage contre absence de drainage Moins de douleur et moins de lymphœdèmes (effet préventif jugé « à discuter » par les auteurs) ; pas d'effet démontré sur le volume ni sur la qualité de vie.

Alors, pourquoi le kiné en fait-il ?

Parce que le drainage fait partie d'un ensemble dont l'efficacité est, elle, établie : l'INCa présente la thérapie décongestive complète comme le traitement principal, qui améliore ou limite toute aggravation du lymphœdème, et prévoit le drainage en complément pendant la phase intensive. Il faut simplement savoir ce qu'on en attend : dans la revue Cochrane, la douleur et la lourdeur diminuaient chez 60 à 80 % des patientes, quel que soit le traitement reçu. Le travail qui fait fondre le volume, ce sont surtout les bandages puis le manchon.

Aucune technique n'a fait la preuve de sa supériorité : la HAS n'a pu identifier « aucune technique standard de drainage lymphatique manuel ». Pour comparer les méthodes et les appareils, voyez notre article pressothérapie ou drainage manuel : quelle méthode ?, et pour une vue d'ensemble, les bienfaits réels du drainage lymphatique.

Source : Ezzo J. et coll., Cochrane Database of Systematic Reviews, CD003475, 21 mai 2015 ; Tambour M. et coll., British Journal of Cancer, 2018 ; De Vrieze T. et coll., Journal of Physiotherapy, 2022 ; Devoogdt N. et coll., BMJ, 2011 ; Lin Y. et coll., Clinical Breast Cancer, 2022 ; INCa, 16 juin 2023.

Remboursement : RAV 15,5 et ALD

Sur prescription médicale, les séances chez un masseur-kinésithérapeute conventionné sont remboursées à 60 % du tarif conventionnel, ou à 100 % si le lymphœdème est pris en charge dans le cadre d'une affection de longue durée (ALD), par exemple au titre du cancer. L'acte de la phase intensive, RAV 15,5, a un tarif conventionnel d'environ 34,26 €, bandage compris.

Cotations et tarifs conventionnels en métropole (lettre-clé RAV à 2,21 €)
Situation Cotation Tarif conventionnel
Phase intensive, bras et épaule, 4 critères réunis (environ 60 min, bandage compris) RAV 15,5 environ 34,26 €
Drainage d'un lymphœdème vrai, un membre (environ 30 min) RAV 8 17,68 €
Supplément pour bandage multicouche, un membre (pas avec le RAV 15,5) RAV 1 2,21 €

Reste la franchise médicale de 1 € par séance, plafonnée à 4 € par jour. Son plafond annuel, de 50 € jusqu'au 30 septembre 2026, passe à 70 € par an à partir du 1er octobre 2026 (décret du 11 septembre 2026). L'ALD n'en dispense pas, et aucune mutuelle n'a le droit de la rembourser. Les manchons de compression sont remboursés sur prescription, sur une ordonnance distincte.

Pour que tout soit pris en charge, l'ordonnance doit préciser le diagnostic (« lymphœdème du membre supérieur après traitement d'un cancer du sein »), la rééducation de l'épaule associée, les bandages, le nombre de séances et, le cas échéant, le lien avec l'ALD. Toutes les règles (reste à charge, mutuelle, tiers payant, ordonnance type) sont détaillées dans notre guide sur la cotation RAV 15,5 et le remboursement du drainage lymphatique.

Source : NGAP, article 7, version en vigueur du 1er septembre 2026 ; Ameli, tarifs conventionnels des masseurs-kinésithérapeutes (en vigueur depuis le 22 février 2024), « Tableaux récapitulatifs des taux de remboursement » (19 janvier 2026), « Affection de longue durée » (9 janvier 2026) et « La franchise médicale » (29 septembre 2026) ; décret n° 2026-858 du 11 septembre 2026.

Où consulter pour un lymphœdème du bras ?

Le parcours commence chez votre oncologue, votre médecin traitant ou un médecin vasculaire : il confirme le diagnostic, élimine une autre cause et prescrit les séances et la compression. Le traitement est ensuite mené par un masseur-kinésithérapeute qui prend en charge les lymphœdèmes et pose des bandages. Pour un lymphœdème volumineux ou qui répond mal au traitement, l'INCa mentionne le recours à un centre spécialisé.

Dans nos cabinets parisiens

  • Kinés Paris Alésia (14e) : Ines Martin a suivi en 2025 la formation « Prévention et prise en charge des patientes atteintes d'un cancer du sein » (EREVO formation), et Julie Fauduet affiche le drainage lymphatique parmi ses spécialités. Voir l'équipe d'Alésia.
  • Kinés Paris Oberkampf (11e) : Annaelle Haccoun et Laura Moyano Espadero affichent la rééducation après cancer du sein, et Julian Sanchez Mesa le drainage lymphatique. Voir l'équipe d'Oberkampf.
  • Kinés Paris Marais (3e) : le drainage lymphatique y est aussi proposé.

Au moment de réserver, précisez qu'il s'agit d'un lymphœdème du bras après un cancer du sein, si des bandages sont prescrits, et que la séance de la phase intensive dure environ une heure : le cabinet vous proposera un créneau adapté et le bon praticien. La page kinésithérapie et drainage lymphatique à Paris présente l'ensemble de cette prise en charge dans nos cabinets.

Vous n'habitez pas en Île-de-France ? L'annuaire santé d'Ameli permet de trouver un masseur-kinésithérapeute près de chez vous ; demandez-lui, avant la première séance, s'il prend en charge les lymphœdèmes du bras et pose des bandages multicouches.

Source : INCa, « Le lymphœdème après le traitement d'un cancer », 16 juin 2023 ; fiches équipe des cabinets d'Alésia et d'Oberkampf, consultées le 30 septembre 2026.

Vous avez une ordonnance pour un lymphœdème du bras ?

Réservez dans le cabinet le plus proche et apportez à la première séance votre ordonnance, votre carte Vitale, vos comptes rendus opératoires et, si vous en avez, les mesures déjà prises par votre médecin.

Par téléphone : Alésia 01 89 33 51 04 · Oberkampf 01 80 91 92 79

Pour aller plus loin

Équipe de masseurs-kinésithérapeutes Kinés Paris

Réseau de 5 cabinets de kinésithérapie en Île-de-France. Nos masseurs-kinésithérapeutes diplômés d'État. Article rédigé à partir des publications de l'Institut national du cancer, du rapport de la Haute Autorité de santé sur le lymphœdème et l'épaule après cancer du sein, de la revue Cochrane, des essais randomisés publiés et de la nomenclature de l'Assurance Maladie.

Avertissement médical : cet article est informatif et ne remplace ni l'avis de votre oncologue ou de votre médecin, ni le bilan de votre kinésithérapeute. Seul un médecin peut poser le diagnostic de lymphœdème, en rechercher la cause et prescrire le traitement. Aucun traitement ne garantit un résultat. Les montants cités sont les tarifs conventionnels en vigueur à la date de vérification indiquée ci-dessous.

Questions fréquentes sur le lymphœdème du bras

Les questions que nos patientes nous posent le plus souvent avant la première séance.

Le premier signe est souvent une sensation de lourdeur ou de tension dans le bras du côté opéré. Suivent une augmentation de volume du bras, de la main ou des doigts, une bague, une montre ou une manche qui serrent, une peau qui durcit, puis une gêne pour bouger. L'apparition est souvent discrète et transitoire au début. Une différence de 2 cm de tour entre les deux bras permet de poser le diagnostic en consultation.

En phase intensive, la nomenclature fixe le nombre optimal de séances à 10, d'environ une heure chacune ; au-delà, un bilan-diagnostic kinésithérapique est exigé. La Haute Autorité de santé recommande un rythme de 5 jours sur 7 pendant 14 jours. Vient ensuite la phase d'entretien, qui repose surtout sur le manchon de compression, les auto-bandages et l'exercice, avec des séances de kiné plus espacées selon la prescription.

Après le traitement, le drainage lymphatique manuel fait partie des soins prévus pour le lymphœdème et il a été bien toléré dans tous les essais de la revue Cochrane. Il apporte peu de réduction de volume en plus des bandages, mais peut soulager la douleur. Une tumeur non traitée reste une contre-indication : tout gonflement nouveau ou inexpliqué doit d'abord être signalé à l'oncologue.

La lymphe du sein et du bras passe par les ganglions de l'aisselle. Le chirurgien les examine pour savoir s'ils contiennent des cellules cancéreuses, par la technique du ganglion sentinelle ou par un curage axillaire. Retirer ou irradier ces ganglions freine l'évacuation de la lymphe du bras, ce qui peut provoquer un lymphœdème, plus souvent après un curage qu'après la seule technique du ganglion sentinelle.

Non. L'Institut national du cancer indique que les drainages lymphatiques manuels ne sont pas indiqués en prévention et que la seule mesure de prévention est le contrôle du poids. Dans l'essai randomisé publié dans le BMJ en 2011, ajouter le drainage aux conseils et aux exercices n'a pas réduit la fréquence du lymphœdème un an après le curage.

Oui pour le bras à risque, c'est-à-dire sans lymphœdème : selon l'Institut national du cancer, il n'y a aucune contre-indication à une prise de sang, à une injection intraveineuse ou à une mesure de la tension sur le bras du sein opéré, ni aux voyages en avion, quels que soient leur nombre et leur durée. Le port de charges et l'activité physique peuvent aussi être poursuivis. Si un lymphœdème est déjà installé, demandez à votre médecin ou à votre kiné s'il faut porter le manchon pendant les vols, et signalez le lymphœdème avant toute piqûre sur ce bras : l'INCa demande alors de limiter toute blessure du membre atteint.

Oui, c'est le pilier de la phase d'entretien : le manchon maintient le volume obtenu pendant la phase intensive. Il est prescrit par le médecin (le kiné peut prescrire un modèle de série), souvent sur mesure, délivré par un pharmacien orthopédiste ou un orthésiste et remboursé sur prescription. La revue Cochrane note qu'après un an, les patientes gardaient en général le volume réduit si elles continuaient à porter un manchon sur mesure.

Les séances prescrites sont remboursées à 60 % du tarif conventionnel, ou à 100 % si le lymphœdème est pris en charge dans le cadre d'une affection de longue durée, par exemple au titre du cancer, ce que le médecin mentionne sur l'ordonnance. La franchise de 1 € par séance reste due, même en ALD. L'acte de la phase intensive est coté RAV 15,5, soit un tarif conventionnel d'environ 34,26 €, bandage compris.

Sources et mise à jour

Article publié le 30 septembre 2026. Textes, cotations et études vérifiés à cette date ; revérification programmée chaque année, ou plus tôt si la nomenclature ou les recommandations évoluent.