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Drainage lymphatique : est-ce dangereux ? Contre-indications, effets secondaires et précautions de la pressothérapie

22 min de lecture

Le drainage lymphatique manuel est sans danger chez une personne en bonne santé, lorsqu'il est pratiqué avec des pressions douces par un masseur-kinésithérapeute : dans les essais menés après un cancer du sein, la revue Cochrane de 2015 le juge « bien toléré et sûr ». Il devient dangereux dans quelques situations précises, qui l'interdisent : phlébite non traitée, infection aiguë comme l'érysipèle, insuffisance cardiaque décompensée, cancer non traité et gonflement dont la cause n'a pas été diagnostiquée.

Sur internet, les listes de contre-indications se contredisent d'un site à l'autre. Tel institut interdit le drainage en cas de diabète ou d'hypertension, tel autre en cas d'asthme ou d'hyperthyroïdie, un troisième ne cite que la tuberculose. Presque aucune ne donne de source. Nous avons repris les textes qui font référence en France : la nomenclature de l'Assurance Maladie, le rapport de la Haute Autorité de santé (HAS) sur le lymphœdème, son évaluation de la compression médicale et le protocole national de diagnostic et de soins (PNDS) du lymphœdème primaire. Ce qui suit sépare ce qui est établi de ce qui ne l'est pas.

L'essentiel en 5 points

  • Quelques situations interdisent le drainage tant qu'elles ne sont pas traitées, avant tout : phlébite aiguë, infection aiguë (érysipèle, lymphangite), insuffisance cardiaque décompensée, cancer non traité, gonflement inexpliqué.
  • D'autres situations demandent l'accord du médecin avant la première séance : maladie du cœur ou des reins, cancer en cours de traitement, phlébite récente, grossesse à risque.
  • Thyroïde, asthme, hypertension traitée, diabète : aucun texte officiel français ne les cite comme contre-indication au drainage manuel. Pour le cou, les manuels de lymphologie recommandent des précautions locales (hyperthyroïdie non équilibrée, sinus carotidien sensible, troubles du rythme).
  • Après une séance, une sensation de légèreté ou de fatigue est banale. Une douleur, un bleu ou un gonflement qui augmente ne le sont pas.
  • La pressothérapie cumule les contre-indications du drainage et celles de la compression (artériopathie, diabète compliqué).

Quelles sont les contre-indications absolues du drainage lymphatique ?

Une contre-indication absolue signifie qu'aucun drainage ne doit être fait, quelle que soit la demande, tant que la situation n'est pas diagnostiquée et traitée. La synthèse de la littérature du rapport de la HAS de 2012 en relève cinq pour le drainage manuel : l'insuffisance cardiaque non contrôlée, la thrombose veineuse profonde aiguë, l'infection aiguë, l'obstruction de la veine cave supérieure et l'insuffisance rénale aiguë. Pour la séance après cancer du sein (RAV 15,5), la nomenclature cite aussi la tumeur maligne non traitée et la pathologie aiguë locorégionale non diagnostiquée ; ces règles de bon sens valent pour tout drainage.

Le point commun de ces situations : le drainage déplace des liquides vers la circulation générale, ou manipule une zone où un problème aigu évolue. Dans chaque cas, c'est d'abord le médecin qui doit intervenir.

Les contre-indications absolues, pourquoi, et que faire
Situation Pourquoi c'est dangereux Que faire
Phlébite (thrombose veineuse profonde) aiguë, non traitée Risque de « déloger le caillot », qui peut migrer vers le poumon (embolie pulmonaire) Aucun drainage. Médecin le jour même, 15 ou 112 en cas d'essoufflement ou de douleur thoracique
Infection aiguë : érysipèle, lymphangite, dermo-hypodermite L'infection se traite d'abord par antibiotique ; la HAS la qualifie de contre-indication « importante » Consultation rapide, antibiotique. Reprise du drainage sur avis médical, une fois l'épisode guéri
Insuffisance cardiaque décompensée Le liquide mobilisé revient vers un cœur qui ne l'évacue plus : risque d'aggraver l'œdème d'origine cardiaque Prise en charge cardiologique d'abord
Tumeur maligne non traitée, cancer tout juste découvert Pour la HAS, « la masso-kinésithérapie n'est pas la priorité » : le traitement du cancer passe avant Retour vers le médecin ou l'oncologue
Pathologie aiguë non diagnostiquée : gonflement récent inexpliqué, douleur vive, fièvre Le gonflement peut cacher une phlébite, une infection ou une maladie générale Diagnostic médical avant toute séance
Obstruction de la veine cave supérieure Risque d'aggraver l'obstruction, décrit comme potentiellement grave Prise en charge médicale spécialisée
Insuffisance rénale aiguë Les reins n'éliminent plus normalement l'eau et le sel Prise en charge médicale d'abord

Une précision sur la phlébite, souvent mal comprise : c'est la phlébite aiguë et non traitée qui interdit le drainage. Pour le membre supérieur, le groupe de travail de la HAS n'a pas retenu la thrombose veineuse comme contre-indication une fois la patiente traitée, estimant qu'il n'y aurait alors « pratiquement aucun risque d'embolie pulmonaire ». Pour la jambe, les textes officiels français ne tranchent pas ; les manuels de lymphologie conseillent d'attendre que le traitement anticoagulant soit bien équilibré, en général 2 à 4 semaines. Dans les deux cas, la reprise se décide avec le médecin qui suit ce traitement.

Source : HAS, rapport d'évaluation sur le lymphœdème et la raideur de l'épaule après cancer du sein, décembre 2012, p. 35-36 et 42 (recommandations du CREST, 2008, citées par la HAS) ; NGAP, titre XIV, article 7, version en vigueur du 1er septembre 2026, p. 149-151 ; Földi M. et Földi E., Földi's Textbook of Lymphology, Elsevier (synthèse en ligne de Lymphedema Therapy Source, consultée le 30 septembre 2026).

Les trois niveaux de prudence avant un drainage lymphatique Schéma en trois blocs. Rouge, contre-indication absolue : pas de drainage, voir le médecin. Orange, contre-indication relative : drainage possible seulement avec l'accord du médecin. Vert, aucune contre-indication dans les textes officiels : le kinésithérapeute adapte la séance après son bilan. Stop : pas de drainage Contre-indication absolue Phlébite aiguë, infection aiguë, cœur décompensé, cancer non traité, gonflement inexpliqué Accord du médecin d'abord Contre-indication relative Cœur ou reins fragiles, cancer en traitement, phlébite récente, grossesse à risque Séance adaptée Non cité par les textes officiels Thyroïde traitée, asthme équilibré, hypertension traitée, diabète sans complication
Trois niveaux de prudence. Le classement reprend la NGAP et les rapports de la HAS de 2010 et 2012 ; il ne remplace pas l'avis de votre médecin.

Contre-indications relatives : quand faut-il l'accord du médecin ?

Une contre-indication relative n'interdit pas le drainage, mais elle impose l'accord du médecin avant la première séance, et souvent une séance adaptée. Le kinésithérapeute peut alors demander un courrier au médecin ou le contacter directement.

  • Maladie cardiaque ou rénale stabilisée. Seules les formes décompensées ou aiguës figurent parmi les contre-indications absolues. Pour une insuffisance cardiaque équilibrée ou une maladie rénale chronique, aucun texte ne fixe de règle : la prudence veut que le cardiologue ou le néphrologue donne son feu vert, et que le kiné surveille la tolérance.
  • Cancer en cours de traitement ou avancé. Les recommandations citées par la HAS classent la tumeur maligne en contre-indication relative. Pendant une chimiothérapie ou une radiothérapie, le drainage reste possible avec l'accord de l'oncologue. Dans les cancers avancés, le drainage peut être utilisé « avec le consentement des médecins et du patient », sans jamais être pratiqué sur le site de la tumeur ou de métastases connues. Voir la section cancer ci-dessous.
  • Phlébite récente, sous traitement anticoagulant. La reprise se décide avec le médecin, comme expliqué plus haut.
  • Artériopathie (rétrécissement des artères). Elle ne concerne pas le geste manuel lui-même, mais les bandages et la compression qui l'accompagnent souvent dans le traitement du lymphœdème. Au bras, la HAS la classe en contre-indication relative avec des bandes peu élastiques, absolue avec des bandes élastiques (2012). À la jambe, toute compression est contre-indiquée si l'index de pression systolique (IPS) est inférieur à 0,6 ; entre 0,6 et 0,9, elle n'est possible que sous surveillance médicale (HAS, 2010).
  • Peau abîmée. Pour la séance après cancer du sein, la HAS cite la dermatose bulleuse et la peau très atrophiée parmi les contre-indications. Plaie ou dermatose suintante : avis médical d'abord, bandages adaptés ou reportés (pour la compression, la HAS demande une surveillance médicale en cas de dermatose suintante ou d'eczéma).
  • Après un cancer du sein, pour la séance complète qui associe drainage et rééducation de l'épaule, la nomenclature cite aussi l'épaule très douloureuse (« hyperalgique »), une chambre implantable sous la clavicule du côté opéré et du matériel d'ostéosynthèse sous la peau. Notre article sur le lymphœdème du bras après un cancer du sein détaille ce parcours.
  • Grossesse à risque. Pendant une grossesse sans complication, les questions sont différentes : nous les traitons dans l'article drainage lymphatique pendant la grossesse et après l'accouchement. Toute grossesse compliquée (hypertension, suspicion de pré-éclampsie, phlébite) passe d'abord par le médecin ou la sage-femme qui la suit.

Précautions locales : le cou et le ventre

Certaines zones demandent des précautions propres, sans interdire le drainage du reste du corps.

  • Le cou. Les manuels de lymphologie recommandent d'alléger ou d'éviter les manœuvres cervicales en cas de syndrome du sinus carotidien (hypersensibilité qui peut provoquer un malaise ou un trouble du rythme), d'hyperthyroïdie non équilibrée, d'athérome des carotides chez la personne âgée et de troubles du rythme cardiaque. C'est une précaution locale, pas une interdiction générale du drainage.
  • Le ventre. Pas de manœuvres abdominales profondes en cas de grossesse, d'anévrisme de l'aorte, de chirurgie abdominale récente, de maladie inflammatoire de l'intestin ou de diverticulite, d'occlusion, de séquelles de radiothérapie abdomino-pelvienne (colite ou cystite radique), de phlébite du bassin ou de douleur abdominale inexpliquée. Dans le rapport de la HAS de 2012, un expert proposait aussi d'ajouter l'anévrisme artériel et la fistule artério-veineuse aux contre-indications. Ce que le drainage du ventre peut et ne peut pas faire est détaillé dans notre article sur le drainage lymphatique du ventre.

Source : HAS, rapport de décembre 2012, p. 35, 42 et 53 ; HAS, Dispositifs de compression médicale à usage individuel, décembre 2010, p. 17 ; NGAP, titre XIV, article 7 (RAV 15,5), version du 1er septembre 2026, p. 150-151 ; Földi M. et Földi E., Földi's Textbook of Lymphology, Elsevier (contre-indications locales du cou et du ventre).

Thyroïde, hypertension, asthme, diabète : vrai ou faux ?

Aucun texte officiel français, ni la nomenclature, ni les rapports de la HAS de 2010 et 2012, ni le PNDS de 2019, ne cite la thyroïde, l'asthme ou le diabète comme contre-indication au drainage manuel. L'hypertension non contrôlée a été proposée par un expert en 2012, mais la HAS ne l'a pas retenue. Le diabète ne compte que pour la compression. Les manuels de lymphologie ajoutent des précautions locales pour le cou.

Ces « contre-indications » circulent pourtant d'un site d'institut à l'autre, souvent sans référence et sans nuance. Voici ce que disent les textes, et ce que nous faisons en pratique.

Les cas débattus : ce que disent les textes, ce qu'on fait en pratique
Situation Ce que disent les textes de référence En pratique
Hypertension artérielle Proposée par un expert en 2012 pour l'hypertension « non contrôlée » ; la HAS ne la retient pas. Les manuels de lymphologie appellent à la prudence en cas d'hypertension sévère Traitée et équilibrée : pas d'obstacle. Très élevée ou non suivie : elle doit d'abord être prise en charge par le médecin
Diabète Rien pour le drainage manuel. Pour la compression : la microangiopathie diabétique évoluée est une contre-indication (au-delà de 30 mmHg), la neuropathie évoluée impose une surveillance Drainage possible. Prudence avec les bandages, les bas serrés et la pressothérapie ; inspection de la peau et des pieds
Thyroïde (hypo- ou hyperthyroïdie) Non citée par les textes officiels français. Les manuels de lymphologie citent l'hyperthyroïdie comme précaution locale pour le drainage du cou Traitée et équilibrée : pas d'obstacle. Déséquilibre récent avec palpitations ou amaigrissement : avis médical d'abord, et pas de manœuvres sur le cou
Asthme Non cité par les textes officiels Équilibré : pas d'obstacle. En crise ou mal contrôlé : on reporte la séance
Tension basse Non citée par les textes officiels Se relever lentement après la séance, qui se fait allongé

Autrement dit, pour la thyroïde comme pour l'asthme, la bonne règle n'est pas une interdiction propre au drainage : c'est le bon sens clinique, que la nomenclature formule pour la séance après cancer du sein (RAV 15,5) : une pathologie aiguë non diagnostiquée passe d'abord par le médecin. Une maladie chronique équilibrée n'en fait pas partie. Le cou, lui, fait l'objet de précautions locales (voir plus haut) : pressions très légères, et manœuvres allégées ou évitées en cas d'hyperthyroïdie non équilibrée, de sinus carotidien sensible, d'athérome carotidien ou de trouble du rythme.

Source : HAS, rapport de décembre 2012, p. 42 ; HAS, Dispositifs de compression médicale à usage individuel, décembre 2010, p. 17 ; PNDS « Lymphœdème primaire », HAS, février 2019 ; Földi M. et Földi E., Földi's Textbook of Lymphology, Elsevier (synthèse en ligne de Lymphedema Therapy Source, consultée le 30 septembre 2026).

Cancer : le drainage lymphatique peut-il « diffuser » des cellules cancéreuses ?

Non, selon les données disponibles : le groupe de travail de la HAS a conclu en 2012 qu'« il n'existe aucune preuve » d'un risque de diffusion métastatique par un drainage manuel du membre supérieur. Un cancer traité, ou dont le traitement est terminé, n'est donc pas une contre-indication ; pendant un traitement en cours, le drainage reste possible avec l'accord de l'oncologue. Un cancer non traité l'est, parce que le traitement du cancer passe en premier. L'Institut national du cancer précise que le drainage seul n'agit pas sur le volume du lymphœdème.

La crainte est compréhensible : la lymphe circule vers les ganglions, l'un des chemins d'extension de certains cancers. Mais aucune étude n'a montré ce risque, et l'on recommande désormais aux femmes traitées pour un cancer du sein de reprendre une activité physique, qui fait elle aussi circuler la lymphe. Les recommandations internationales citées par la HAS gardent une nuance : dans les cancers avancés, pas de drainage sur la tumeur ni sur des métastases connues.

Deux messages de l'Institut national du cancer (INCa) complètent le tableau :

  • « Les drainages lymphatiques manuels ne sont pas indiqués en prévention du lymphœdème » : faire des séances « pour éviter » un gros bras après une chirurgie n'est pas recommandé. La seule prévention retenue est le contrôle du poids.
  • Le drainage « seul n'a aucun impact sur le volume du lymphœdème » ; il peut être proposé au début du traitement, en complément de la compression, des soins de peau et des exercices. La revue Cochrane de 2015 lui trouve au mieux un petit effet supplémentaire dans les formes légères à modérées, et une méta-analyse de 2022 un effet sur la douleur. Notre article sur les bienfaits réels du drainage lymphatique fait le point sur ces études.

En pratique : si vous êtes suivie pour un cancer, parlez du drainage à votre oncologue. Il sait où en est votre traitement et peut rédiger l'ordonnance, qui permet aussi le remboursement lorsqu'un lymphœdème est diagnostiqué (voir remboursement, ordonnance et tarif).

Source : HAS, rapport de décembre 2012, p. 35 et 42 ; INCa, « Cancers du sein : le lymphœdème », mis à jour le 16 juin 2023, et fiche patient « Le lymphœdème après traitement d'un cancer », février 2023 ; Ezzo et al., Cochrane, 2015 ; Lin et al., Clinical Breast Cancer, 2022.

Après une séance : quels effets sont normaux, lesquels ne le sont pas ?

Bien pratiqué, le drainage manuel est bien toléré : la revue Cochrane de 2015 le juge sûr dans les essais menés après un cancer du sein. Certaines personnes décrivent ensuite une sensation de légèreté, une détente qui peut aller jusqu'à la somnolence, une soif ou une envie d'uriner. Ces sensations n'ont rien d'inquiétant. Une douleur, des bleus ou un gonflement qui augmente, en revanche, ne sont pas normaux.

Les sensations banales

  • Légèreté du membre traité, souvent décrite juste après la séance.
  • Fatigue ou somnolence : la séance se fait allongé, au calme, avec des gestes lents et répétitifs. Prévoyez de vous relever doucement.
  • Soif, envie d'uriner : elles sont souvent rapportées. Aucune étude ne les a mesurées, et elles ne prouvent pas l'élimination de « toxines », argument marketing qu'aucune source médicale citée ici ne reprend. Buvez normalement.

Ce qui doit vous alerter

  • Une douleur pendant ou après la séance, des bleus : le drainage doit être indolore. La HAS rappelle que les massages profonds et forts « peuvent endommager les tissus et exacerber l'œdème ». C'est le principal risque des massages dits drainants trop appuyés, pratiqués hors du cadre médical. Les différences entre drainage médical, pressothérapie et méthodes esthétiques font l'objet d'un comparatif dédié.
  • Un gonflement qui augmente au lieu de diminuer au fil des séances.
  • Une rougeur, une chaleur, de la fièvre : consultez un médecin sans attendre (voir l'encadré plus bas).
  • Une irritation de la peau sous les bandages, des fourmillements ou des doigts qui bleuissent : les bandages sont trop serrés ou mal tolérés. Retirez-les et prévenez votre kiné.

Source : Ezzo et al., « Manual lymphatic drainage for lymphedema following breast cancer treatment », Cochrane, 21 mai 2015 ; HAS, rapport de décembre 2012, p. 35.

Pressothérapie : quels sont les risques et les contre-indications ?

La pressothérapie est une compression par un appareil à chambres d'air qui se gonflent l'une après l'autre. Elle cumule les contre-indications du drainage (phlébite aiguë, infection, cœur décompensé) et, par prudence, celles que la HAS a fixées pour la compression médicale : artériopathie sévère des jambes, microangiopathie diabétique évoluée, phlegmatia cærulea dolens et thrombose septique. Son principal risque propre : repousser l'œdème vers la racine du membre.

Comme le drainage, la pressothérapie mobilise des liquides : les situations qui interdisent l'un interdisent l'autre. Mais c'est aussi une compression. En 2010, la HAS a fixé les contre-indications générales de la compression médicale pour les bas, les bandes et les manchons ; son rapport ne vise pas nommément la pressothérapie, mais ces contre-indications s'y appliquent par prudence :

  • l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs avec un index de pression systolique (IPS) inférieur à 0,6 : la compression peut aggraver le manque de sang dans la jambe ;
  • la microangiopathie diabétique évoluée, pour les pressions supérieures à 30 mmHg ;
  • la phlegmatia cærulea dolens, une forme grave de phlébite ;
  • la thrombose septique.

Une surveillance médicale est demandée en cas d'artériopathie modérée (IPS entre 0,6 et 0,9), de neuropathie périphérique évoluée, de dermatose suintante ou eczématisée et d'intolérance aux matériaux.

Les inconvénients propres à la pressothérapie

  • Déplacer l'œdème au lieu de l'évacuer. Dans le lymphœdème, la HAS note que l'appareil peut repousser le liquide vers la racine du membre (épaule, haut de la cuisse), zone qu'il n'atteint pas. Elle ne la juge donc pas indiquée pour tous les lymphœdèmes, en particulier ceux « à forte composante liquidienne ».
  • Jamais seule dans le lymphœdème. Dans le traitement du lymphœdème, la HAS la juge facultative, à associer aux bandages et au drainage, jamais seule. Ce que l'on sait de son efficacité est traité dans notre comparatif des méthodes.
  • Pas toujours bien supportée, selon le groupe de travail de la HAS.

Les bottes de pressothérapie vendues pour un usage à domicile posent une difficulté de plus : personne n'a vérifié avant la première utilisation l'absence de phlébite, d'artériopathie ou de lymphœdème. Une douleur, des fourmillements, une peau qui pâlit ou bleuit imposent d'arrêter l'appareil. Avant d'en acheter une pour un gonflement, faites-en poser le diagnostic.

Source : HAS, Dispositifs de compression médicale à usage individuel, décembre 2010, p. 17 ; HAS, rapport de décembre 2012, p. 46.

Arrêtez tout drainage et consultez sans attendre si :

  • une jambe ou un bras gonfle d'un seul côté, brutalement, avec douleur, chaleur ou rougeur : une phlébite ou un érysipèle doivent être éliminés par un médecin le jour même ;
  • vous êtes essoufflé, avez une douleur brutale dans la poitrine, un malaise, le cœur qui s'accélère ou crachez du sang : appelez le 15 ou le 112 (signes possibles d'embolie pulmonaire) ;
  • vous avez un lymphœdème et la zone devient rouge avec de la fièvre : l'INCa demande de consulter en urgence, l'érysipèle étant sa principale complication ;
  • vous êtes enceinte de plus de 20 semaines d'aménorrhée et le visage gonfle, avec prise de poids rapide, maux de tête ou troubles de la vue : consultez en urgence (signes possibles de pré-éclampsie).

Source : Ameli, « Phlébite et paraphlébite : symptômes et diagnostic », 18 mars 2026 ; Ameli, « Reconnaître un érysipèle », consulté le 30 septembre 2026 ; INCa, fiche patient sur le lymphœdème, février 2023 ; Ameli, « Pré-éclampsie : circonstances de découverte, symptômes, diagnostic », consulté le 30 septembre 2026.

Pourquoi le bilan du kinésithérapeute sert de filet de sécurité

Avant la première séance, le masseur-kinésithérapeute réalise un bilan-diagnostic kinésithérapique : questions sur vos antécédents et vos traitements, examen du membre et de la peau, mesures des périmètres, recherche des signes d'alerte. C'est ce bilan qui repère une contre-indication passée inaperçue et conduit, si besoin, à vous renvoyer vers votre médecin avant tout drainage.

Ce que votre kiné vérifie

  • Vos antécédents : phlébite, maladie du cœur ou des reins, cancer et traitements en cours, chirurgie récente, épisodes d'érysipèle.
  • Vos traitements, en particulier un traitement anticoagulant ou une chimiothérapie en cours.
  • Le gonflement lui-même : depuis quand, d'un seul côté ou des deux, brutal ou progressif, douloureux ou non.
  • La peau : chaleur, rougeur, plaie, mycose entre les orteils, qui sont des portes d'entrée à l'infection.
  • Les mesures au mètre ruban, comparées au côté sain : elles serviront de référence pour suivre l'évolution.

Si un signe ne colle pas, le kiné ne commence pas : il vous oriente vers votre médecin, ou le contacte avec votre accord. Un drainage pour un lymphœdème se fait sur ordonnance : le médecin a posé le diagnostic, et l'ordonnance permet le remboursement. Un drainage de confort, sans indication médicale, n'est pas remboursé : son tarif est libre et communiqué par le cabinet avant la séance.

Source : NGAP, titre XIV, version en vigueur du 1er septembre 2026 ; PNDS « Lymphœdème primaire », HAS, février 2019 (portes d'entrée de l'érysipèle).

Trouver un kinésithérapeute qui pratique le drainage lymphatique

Le drainage lymphatique manuel est proposé dans trois de nos cabinets parisiens : Oberkampf, Marais et Alésia. Des kinésithérapeutes d'Oberkampf pratiquent aussi la pressothérapie. Si vous habitez ailleurs en France, l'annuaire santé de l'Assurance Maladie permet de trouver un masseur-kinésithérapeute près de chez vous.

Les modalités de prise en charge dans nos cabinets, les praticiens concernés et les accès sont détaillés sur notre page kinésithérapie et drainage lymphatique à Paris. Pour les lecteurs de province, l'annuaire santé d'Ameli permet de chercher un masseur-kinésithérapeute par ville ; demandez-lui au téléphone s'il pratique le drainage lymphatique manuel.

Un doute sur une contre-indication ?

Parlez-en à votre médecin, puis à votre kinésithérapeute lors du bilan : c'est le moment prévu pour poser toutes vos questions. Le drainage lymphatique manuel est pratiqué dans nos cabinets de Paris Oberkampf, Paris Marais et Paris Alésia. Apportez à la première séance votre ordonnance si vous en avez une, et la liste de vos traitements.

Oberkampf : 01 80 91 92 79 · Alésia : 01 89 33 51 04

Aller plus loin sur le drainage lymphatique

Équipe de masseurs-kinésithérapeutes Kinés Paris

Réseau de 5 cabinets de kinésithérapie en Île-de-France. Nos masseurs-kinésithérapeutes diplômés d'État exercent à Paris et au Perreux-sur-Marne. Article rédigé à partir des textes en vigueur et des publications citées : NGAP, Haute Autorité de santé, Institut national du cancer, Assurance Maladie et revues scientifiques.

Avertissement médical : cet article est informatif et ne remplace ni l'avis de votre médecin, ni le bilan de votre kinésithérapeute. Seul un médecin peut confirmer l'absence de contre-indication et poser l'indication d'un drainage. Aucun traitement ne garantit un résultat. En cas de signe d'alerte, consultez sans attendre ou appelez le 15.

Questions fréquentes sur les dangers du drainage lymphatique

Les questions que l'on nous pose le plus souvent avant une première séance. Pour la grossesse, voir notre article dédié.

Pas de drainage en cas de phlébite aiguë non traitée, d'infection aiguë comme un érysipèle ou une lymphangite, d'insuffisance cardiaque décompensée, de cancer non encore traité, ou de gonflement récent dont la cause n'a pas été diagnostiquée. Ce sont les contre-indications relevées par le rapport de la HAS de 2012 et, pour la séance après cancer du sein, par la nomenclature de l'Assurance Maladie. Dans ces situations, c'est le médecin qu'il faut voir en premier.

On distingue les contre-indications absolues, qui interdisent toute séance tant qu'elles ne sont pas traitées (phlébite aiguë, infection aiguë, insuffisance cardiaque décompensée, obstruction de la veine cave supérieure, insuffisance rénale aiguë, tumeur maligne non traitée, pathologie aiguë non diagnostiquée), et les contre-indications relatives, qui imposent l'accord du médecin : maladie du cœur ou des reins stabilisée, cancer en cours de traitement ou avancé, phlébite récente sous traitement, grossesse à risque.

Pratiqué avec des pressions douces, il est bien toléré : dans les essais menés après un cancer du sein, la revue Cochrane de 2015 le décrit comme sûr. Ses vraies limites sont ailleurs : selon l'Institut national du cancer, il n'agit pas seul sur le volume d'un lymphœdème et doit être associé à la compression, et un drainage de confort n'est pas remboursé. Un massage trop appuyé peut en revanche abîmer les tissus et aggraver l'œdème.

Non. Aucun texte officiel français ne cite le diabète comme contre-indication au drainage manuel. La HAS contre-indique en revanche la compression au-delà de 30 mmHg en cas de microangiopathie diabétique évoluée, et demande une surveillance en cas de neuropathie évoluée : la prudence porte donc sur les bandages, les bas serrés et la pressothérapie, ainsi que sur l'état de la peau et des pieds.

Aucun texte officiel français (nomenclature, rapports de la HAS de 2010 et 2012, PNDS de 2019) ne cite la thyroïde. Une hypothyroïdie ou une hyperthyroïdie traitée et équilibrée n'empêche pas le drainage. Les manuels de lymphologie citent en revanche l'hyperthyroïdie comme précaution locale pour le cou : en cas de déséquilibre récent, avec palpitations ou amaigrissement, on voit d'abord le médecin et le kiné évite les manœuvres cervicales.

Oui, si elle est traitée et équilibrée. En 2012, un expert avait proposé l'hypertension non contrôlée comme contre-indication, mais la HAS ne l'a pas retenue, faute de données dans la littérature. Les manuels de lymphologie appellent toutefois à la prudence en cas d'hypertension sévère : une tension très élevée ou non suivie doit être prise en charge par le médecin avant de commencer des séances.

Oui, une fatigue ou une somnolence passagère est banale : la séance se fait allongé, au calme, avec des gestes lents. Une sensation de légèreté, une soif ou une envie d'uriner sont aussi décrites. En revanche, une douleur, des bleus, un gonflement qui augmente, une rougeur ou de la fièvre ne sont pas normaux et doivent être signalés.

La pressothérapie est une compression : par prudence, on lui applique les contre-indications de la compression médicale fixées par la HAS (artériopathie sévère des jambes, microangiopathie diabétique évoluée, phlegmatia cærulea dolens, thrombose septique), en plus de celles du drainage comme la phlébite aiguë ou l'infection. Dans le lymphœdème, la HAS note aussi qu'elle peut repousser l'œdème vers la racine du membre, qu'elle n'est pas toujours bien supportée et qu'elle ne doit pas être utilisée seule.

Le groupe de travail de la HAS a conclu en 2012 qu'il n'existe aucune preuve d'un risque de diffusion métastatique par un drainage manuel du membre supérieur. Un cancer traité, ou dont le traitement est terminé, n'est donc pas une contre-indication, et pendant un traitement en cours le drainage reste possible avec l'accord de l'oncologue. Un cancer non traité l'est, car son traitement passe en priorité, et dans les cancers avancés on ne draine jamais le site d'une tumeur ou de métastases connues.

Pas avec une phlébite aiguë non traitée : le drainage risquerait de déloger le caillot. Une fois le traitement anticoagulant bien équilibré, en général après 2 à 4 semaines selon les manuels de lymphologie, la reprise se décide avec le médecin ; pour le membre supérieur, la HAS n'a pas retenu la phlébite traitée comme contre-indication. Une jambe gonflée d'un seul côté, douloureuse et chaude impose une consultation le jour même.

Sources et mise à jour

Article publié le 30 septembre 2026. Textes et liens vérifiés à cette date. Les contre-indications sont reprises des textes officiels, des recommandations citées par la HAS et des manuels de lymphologie ; lorsqu'aucun texte ne se prononce, nous l'écrivons.